mardi 20 octobre 2015

L'allaitement, c'est fini !

L'allaitement, avant la grossesse, c'était en même temps une évidence puisque ma mère et mes soeurs ont allaité tous leurs enfants, mais pas une certitude. Je ne voulais pas en faire un principe, le biberon, ça m'allait aussi. Bref, j'avais envie d'essayer, sans plus.

Et puis la grossesse s'est compliquée, et peu avant cet accouchement catastrophe à 31SA, une sage-femme m'a demandé si je souhaitais allaiter. Tout ça me paraissait encore très surréaliste, lointain, hypothétique. Ensuite, l'accouchement, ses complications... Le lendemain, on m'a amené un tire-lait, cette machine qui allait être mon "amie" pendant un petit moment. Autour de moi, mes proches, les médecins, moi-même, étaient dubitatifs sur cet allaitement, étant donné mon état général. Et c'est la seule chose que mon corps a réussi à faire, une montée de lait rapide et douloureuse, avec des oedemes jusque sous les bras, des bouffées de chaleur, des nausées. Et puis j'étais allongée, pas très pratique pour tirer son lait... Mais je me suis accrochée.

J'ai tiré mon lait, toutes les 3-4h, pendant 2 mois 1/2, puis encore 1 à 2 fois par jour jusqu'à 3 mois et des brouettes. Je le faisais en néonat, à la maison, mon tire-lait électique double pompage. Au départ, ce geste me mettait plutôt mal à l'aise, surtout que j'ai tout de suite dû le faire sans intimité, à l'hôpital. C'est devenu une telle habitude que je faisais même plus de geste pour me cacher quand j'étais dérangée par un soignant. 

Le rituel du tire-lait, les petits biberons stériles de la néonat, les étiquettes à code barre où je notais la date et l'heure. Et les seringues d'alimentation, le pousse seringue électrique et ses alarmes, la sonde gastrique et les pansements de maintien, les quantités de plus en plus grandes et les temps d'alimentation de moins en moins longs à mesure des progrès de mon petit chat.

Au début, en réanimation, les peau à peau étaient très encouragés par l'équipe, mais les premiers câlins étaient pour moi pas très câlins justement. 2 blouses et 4 bras qui débranchent, rebranchent les appareils, scope, sonde d'intubation, les alarmes qui sonnent, moi qui attend sur le fauteuil qu'on me pose le tout petit bébé contre moi. Les scotchs pour maintenir l'arsenal en place, un bébé si léger qu'on le sent à peine sur sa poitrine, la peur de faire un mauvais geste, qu'il arrive quelque chose. Bref, difficile d'apprécier ces premiers moments. Mais la 3ème semaine, une infirmière m'a proposé une mise au sein. Évidemment, pas pour téter, mais plus pour qu'il s'habitue. Et malgré ses tuyaux, tenir moi-même mon bébé contre moi, voir ses yeux, ça a été le 1er contact avec lui je crois. Un moment magique.

Ensuite, l'allaitement a commencé à se mettre en place au bout de 2 mois, et ça a été long. Le début d'un autre rituel : le dé-scoper, le peser, noter le poids sur le tableau velleda, le re-scoper, le mettre au sein, le dé-scoper, le peser, le re-scoper, appeler l'infirmier pour donner le score, attendre qu'on prépare le complément de son repas, à la sonde d'abord, puis quelques jours après à la paille, tirer mon lait. Et le plus dur a été la peur des bradycardies qu'il faisait au sein, à cause de l'effort, de fausse-routes... Un bébé qui s'arrête, des alarmes rouges, l'infirmier qui arrive en courant, des dizaines de fois. Des progrès, des espoirs, et la fois d'après la dégringolade... Pour moi ça a été la période la plus éreintante. 

Et puis la pédiatre nous a autorisés à le faire téter sans qu'il soit scopé, elle me faisait confiance sur le fait que je le connaisse par coeur, qu'une brady, je la voyais sans besoin d'alarme. Et ça a considérablement allégé ces moments.... Mais l'autonomie alimentaire a été un parcours semé d'embûches. Il arrachait de plus en plus sa sonde gastrique, jusqu'au jour où on ne lui a plus reposée pour compléter ses repas à la paille. Un vrai bonheur de voir son visage sans tuyau et sans scotch. 

Le doute s'est installé : et si il prenait mieux le biberon que le sein ? Si ça lui permettait de sortir ? Sans compter sur les baisses de lactation dues à la fatigue... Mais on a tenu bon, et grâce au "DAL", dispositif d'aide à l'allaitement, un réservoir de lait pendu à mon cou avec des petits tuyaux scotchés sur les seins et qui permet de compléter ses repas en même temps qu'il tète, on a pu sortir sans attendre qu'il soit autonome. Avec 2 glacières de lait congelé redonnées par le lactarium et un congélateur plein... Bon, le DAL, c'était quand même la galère, ça marchait une fois sur deux, l'installation est laborieuse, il faillait tout nettoyer, tirer son lait encore et encore... Mais ça a marché, il a pris des forces, a tété de mieux en mieux, si bien qu'en 2-3 semaines, on a pu ranger le DAL au placard. A 3 mois et des brouettes, mon petit chat prenait donc tous ses repas au sein. Et nous revenions en néonat toutes les semaines pour le peser, ce qui confirmait qu'il tétait bien.

Et à partir de là, l'allaitement a été un vrai BONHEUR. Un bon gros pansement sur tout ce parcours, un moyen de construire notre relation. De reprendre confiance en nous. Les médicaments et leurs effets secondaires, les douleurs, le RGO... au sein, tout était oublié, il était détendu, moi aussi, tout allait bien. Allaitement à la demande et exclusif jusqu'à ses 6 mois, il n'a jamais pris autant de poids que pendant cette période.

6 mois, la reprise du boulot... l'épreuve du sevrage sur laquelle j'ai beaucoup écrit ici... J'avais pas envie, lui non plus, dur dur. La diversification a permis de contourner les biberons, puis à 9 mois j'ai arrêté la tétée du matin. J'ai rendu mon tire-lait à la pharmacie avec le sentiment d'une page qui se tourne. La tétée du soir restait notre moment câlin à tous les 2. J'ai mis du temps à me résoudre à arrêter, mais à 1 an passé, c'était le bon moment, et ça s'est très bien passé.

Désolée pour l'article très long, mais l'allaitement a été vraiment été une chose extraordinaire dans ce parcours chaotique, une vraie fierté pour moi, d'avoir réussi ça malgré les difficultés. C'est terminé, mais sans regret !

6 commentaires:

  1. Quel courage et quel ténacité ! C'est beau , ca m donne des frissons . Je l'ai souvent dit l'allaitement peut réparer bien des blessures, lorsque les débuts de vie sont difficiles, ça craint un lien, l'envie aussi de se battre et d'être forte. 1 an d'allaitement c'est merveilleux , tu peux en etre fiere . Des bisous

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    1. Merci beaucoup ! Au début j'ai pas vraiment réfléchi, car je me sentais totalement impuissante et désaisie de mon bébé... Alors tirer mon lait, c'était mon seul moyen d'être "là" et de faire quelque chose pour lui. Mais je suis bien contente de tout ça. TOut va bien dans le bidon ;) ? Bises !

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  2. Quelle belle histoire d'allaitement ! Tu as construit une relation unique avec ton petit et vous avez pris une revanche sur cet accouchement venu trop tôt. Félicitations à toi pour avoir réussi à allaiter si longtemps malgré la reprise du travail. Une page se tourne, mais les souvenirs resteront.

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  3. Je te félicite de ne pas avoir lâché!
    Ici l'allaitement restera un gros regret pour moi. J'étais pourtant très informé et motivée mais je n'ai tenu qu'un mois avant de passer au mixte, en augmentant petit à petit les bibs, puis à 4 mois dernière tétée... snif...

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    1. Merci, 4 mois c'est déjà super je trouve ! En tous cas, vu le portrait que tu as fait de ta petite merveille, elle n'a pas l'air d'avoir de regret ;) Bises !

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