mardi 27 janvier 2015

4 mois et des brouettes

Notre bébé a plus de 4 mois, et ça fait 1mois1/2 que nous sommes à la maison, réunis. J'appréhendais, comme chacune, la fatigue, les doutes de nouvelle maman, mais c'est du bonheur, vraiment. Bien sûr je suis crevée, mais moins qu'à l'hôpital, bien sûr je me pose plein de questions tout le temps (des plus triviales, "elle est partie sa mycose des fesses ?", aux plus métaphysiques, "est-ce qu'il sait que c'est dans mon ventre qu'il a (mal) grandi ?"), mais moins douloureuses qu'en néonat. Je profite de ce petit bout d'homme tant attendu, je le chéris, encore en encore (sauf quand j'ai des heures de sommeil en retard et qu'il pleure pleure pleure ;) Quoique !). 

Et le bébé, ça va ?
Très bien ma bonne dam' ! Il faisait un peu plus de 4,2kg à 4 mois, il grossit bien même si il n'atteint pas encore le bas des courbes de croissance des carnets de santé, m'enfin, il part de loin et il rattrapera tout ça, ça ne m'inquiète pas. Un peu moins de médocs qu'avant, des sourires, des cuisses à croquer, des yeux tellement beaux qu'on s'y perd dedans. Je m'emballe pas, je vous assure que c'est vrai, c'est le plus beau. Même des fois quand il dort plus de 4h entre 2 tétées, il me manque. 

Bref, le bébé va bien mais vous constatez qu'en revanche sa mère a perdu sa santé mentale. Ah non, on me dit dans l'oreillette que c'était déjà le cas avant. 

L'allaitement...
C'est ma petite fierté, le seul truc que mon corps a réussi à faire tout seul comme un grand. Après la naissance, à 31SA et hors travail, alors que j'étais alitée, très affaiblie, que mes organes ne fonctionnaient pas bien, bah j'ai étonnamment eu ma montée de lait comme il faut (c'est à dire bien douloureuse, mais tout le monde s'en fichait vu ce qui se passait par ailleurs). Ensuite, j'ai tiré mon lait pendant presque 3 mois (il a commencé à téter au bout de 2 mois), un sacerdoce. En néonat on se sent impuissant, c'est la seule chose que je pouvais faire pour lui.
Faire un enfant naturellement, raté, accoucher normalement, raté, alors mon corps a eu un sursaut d'orgueil, "mais si je suis fait pour donner la vie". Et maintenant, l'allaitement continue, le plaisir du moment en plus.

Ma santé à moi
Évidemment, plus le temps passe, plus les choses qui se sont passées, mais qui ne sont pas passées justement, parce qu'on était occupés à autre chose, reviennent dans ma tête. La prise de conscience de ce que nous avons évité avec le hellp syndrome, de la gravité de tout ça, la peur de mourir lors de l'hémorragie, les blessures émotionnelles. Bon, je vis avec, mais je ne sais pas quoi faire de tout ça.

Physiquement, ma rétention placentaire est partie toute seule, au bout de 2 mois, quel soulagement. En revanche, j'ai pas mal de douleurs gynéco, à la cicatrice de césarienne, à l'aine. 
A l'aine, la conséquence de l'embolisation faite pour arrêter l'hémorragie, du cathéter fémoral resté en place quelques jours, des 2 points de compression suite à son retrait... Oui mais : l'embolisation est une technique sur laquelle il est très difficile d'avoir des infos, et les professionnels de santé (autres qur les radiologues du Chu) ne la connaissent pas bien. Donc personne ne sait trop ce que j'ai (gynéco, angiologue, généraliste...), et je sens que ça va être la galère... 

J'ai également consulté un néphrologue . Hypertension chronique sans cause, pré éclampsie à 30SA et RCIU : il recherche donc différentes causes à tout ça (mutations génétiques notamment), tout en me disant qu'il ne trouvera sans doute rien. Résultats dans quelques semaines. 

Césarienne, néonat et attachement
Les jours d'hospitalisation précédant la naissance étaient rythmés par les monitos et donc les battements de son coeur. Mon ventre plein. Ma césarienne a été faite en urgence, hors travail, et je n'ai pas eu le sentiment d'accoucher. Mon bébé dans mon ventre me manquait, mais la séparation des 1ers jours a fait que rien n'a comblé ce manque. La 1ère semaine, je ne ressentais pas le besoin de le voir, je faisais confiance (méthode coué) aux équipes, le papa me racontait tout, ça me suffisait. De toutes façons j'étais en lit, lui en couveuse, à des hauteurs différentes, alors les fois où j'ai pu y aller je n'ai fait que l'apercevoir, ce qui était très frustrant. Mieux je me suis sentie physiquement, plus j'ai eu envie d'y passer du temps, l'attachement a été progressif. Et exponentiel.
Les appareils et les équipes (pourtant formidables) créent un écran entre le bébé et ses parents. Son visage était caché sous son appareil respiratoire, sa sonde, ses pansements... 

Ensuite c'est la course de fond, 2 mois 1/2 à l'hôpital. C'était dur, oui, mais nécessaire. J'ai croisé beaucoup de parents, souvent impatients de sortir (la plupart ne restent que quelques jours, mais la séparation n'est pas moins douloureuse), mais moi, je me suis toujours dit que mon bébé avait besoin de ce temps. Oui, il a mis 2 mois à respirer tout seul, c'est long, mais c'était son rythme. J'ai appris à lui faire confiance (la patience, c'est la pma qui me l'avait apprise). A ne pas lui mettre inconsciemment la pression pour des choses qu'il subit lui même. Le plus compliqué émotionnellement a été l'alimentation, à partir de 2 mois, des montagnes russes, au bout d'un long parcours... Aujourd'hui je suis fière de lui, de ce qu'il a traversé, de sa force.

Et après ?
Lors de mon dernier rdv gynéco, je devais me faire poser un stérilet (lol). Puis non. Elle a regardé mon dossier, m'a dit que si je voulais un 2ème il ne faudrait pas tarder étant donné mon insuffisance ovarienne, mais qu'il fallait quand même attendre 1 an à cause de la césa. Un 2ème ? Bonne question. Violente question, trop tôt, trop tôt, trop tôt. Mais oui, si nous attendons, la nature choisira pour nous. Alors nous consultons, pour connaître les risques de récidive. Oui, ils existent, d'autant que mon hypertension est chronique et que le hellp syndrome est arrivé tôt dans la grossesse. 

Envie de revivre une FIV ? Non, non, non. Envie de revivre cet accouchement et de risquer des séquelles ? Non, non, non. Envie de revivre la grande prématurité et de risquer des séquelles ? Non, non, non. Envie d'être enceinte et d'avoir un autre bébé d'amour ? Oui, mais à quel prix... Je sais que ça peut aussi bien se passer, mais je ne veux pas prendre de risques, maintenant qu'il est là. Nous avons eu cette immense chance une fois, alors ... La nostalgie de la grossesse est là, mais c'est la nostalgie de cette grossesse là. Si miraculeuse, si sereine. Si je retombais enceinte, je sais que je ne la vivrais pas de cette façon et que je serais angoissée. Bref, j'ai besoin de temps, nous avons besoin de temps.