mardi 14 octobre 2014

Retour sur les semaines passées...

Je suis enfin revenue à la maison, je couche donc ici le récit de ces dernières semaines...

Le monito de contrôle
Un lundi matin, 30SA, je vais faire un monito de contrôle à la maternité de chez moi. Ma tension est élevée, comme d'habitude... On me fait des analyses complémentaires, sans me dire grand chose. Une échographie qui montre que le placenta ne fonctionne pas bien, à cause de l'hypertension, et que le bébé a un retard de croissance assez important. On me garde en hospitalisation. Je suis encore sereine, je me dis qu'ils prennent leurs précautions, que c'est de la surveillance. 1ère nuit à l'hôpital.

La pré éclampsie
Le lendemain matin, nouveau monito et contrôle de tension et analyses diverses. Je me sens bien. Mais 3 blouses blanches arrivent dans ma chambre, m'emmènent en salle de travail (en salle de travail ????), me posent des perfusions diverses et m'expliquent qu'ils vont me transférer au Chu à 100km de là pour faire naître le bébé car je fais une pré éclampsie. On m'injecte des corticoïdes pour accélérer la maturation de ses poumons. Tout ça est très brutal, même violent, je ne suis qu'à 30SA, je sais qu'il est trop petit. Je suis donc transférée en Samu dans l'après midi. A notre arrivée au Chu, je refais tous les examens, encore, on est très entourés et on nous explique clairement ce qui se passe, et les scénari les plus probables =  gagner le plus de temps possible (quelques jours selon eux), avant une césarienne en urgence. Nouvelle écho, son poids est estimé encore plus bas... 

Le transfert au Chu
Je reste plusieurs jours au Chu, sous perfusion, avec 3 monitos par jour... J'entends son cœur, comme un cheval au galop, mais il fatigue. Moi je suis fatiguée aussi, des maux de tête, mais je me sens pas si mal que ça (alors que ma tension, malgré les perfusions, montera à 19/12). Au fond je suis toujours assez sereine avec les jours qui passent, je ne crois pas à une naissance si tôt... Si on a gagné 1 semaine, pourquoi pas plus ? Les pédiatres de la néonat viennent se présenter, nous parler de la suite... ça me paraît surréaliste, pas pour nous. 

Hellp syndrome et césarienne
Lundi matin suivant, un peu avant midi, 5 blouses blanches arrivent dans ma chambre, donc le professeur grand chef et une chirurgienne, ça ne sent pas bon. On m'explique qu'il faut que le bébé naisse dans les 2h qui suivent, car  la pré éclampsie se complique d'un hellp syndrome, qui atteint gravement mon foie... Bien, je me sens prête après cette semaine où tout le monde nous a super bien accompagnés. J'appelle mon chéri, il arrive juste avant la césarienne !

La césarienne est un souvenir incroyable, lui et moi main dans la main, le bébé qui bouge juste avant la rachi anesthésie. Et surtout,  son cri à la naissance, une victoire incroyable, il résonne encore. Ils ont baissé le champ pour qu'on le voit avant qu'ils ne l'emmènent.

Si seulement la journée s'était arrêtée là !

 Hémorragie, embolisation...
Retour en salle de réveil. Mes plaquettes étant basses à cause du hellp, la rachi anesthésie a été très courte (de fait, je récupère mes jambes tout de suite), donc la chirurgienne s'est dépêchée de refermer. Malheureusement je fais une hémorragie après. Plusieurs solutions sont essayées... perfusions diverses, comprimer l'utérus par l'intérieur avec un ballon (alors que mon col est totalement fermé...), ça me marche pas. Ils finissent donc par une embolisation des artères fémorales, qui se fait sous anesthésie locale sous radio, et qui consiste à "boucher" les artères qui mènent à l'utérus pour arrêter l'hémorragie. Ce fût long et stressant, un très mauvais souvenir. Mes plaquettes continuent de chuter, donc ils n'enlèvent pas le cathéter qu'ils ont mis dans mon artère dans l'aine car je ne peux pas coaguler. Conséquence : je ne dois pas bouger la jambe et donc je reste allongée jusqu'à ce qu'on me l'enlève, c'est à dire pendant 4 très longs jours.

La semaine qui a suivi a été difficile, extrême fatigue, douleurs, choc de ce qui s'est passé... Et d'autres complications : d'abord une frayeur suite au retrait du cathéter fémoral, car malgré un point de compression pendant 20 min, l'artère fuitait à l'intérieur. Nouveau point de compression de 30 min, c'est réglé... avec un hématome douloureux. Et enfin, des complications de la cicatrice de césarienne qui coulait (beaucoup) pendant 1 semaine... A cause du hellp, encore, de l'eau des cellules s'écoulait par là, ça s'est réglé après une perfusion d'albumine. Mais la cicatrisation ne n'est pas bien faite et je dois faire attention pendant les 2 prochains mois à ne pas faire certains gestes (pourtant très courants...).

Bref, après 3 semaines d'hospitalisation, je suis enfin chez moi, ça va beaucoup mieux, physiquement et moralement, même si je suis très affaiblie ! Nous digérons toute cette histoire, le plus difficile pour moi étant la nostalgie de ma grossesse, me rappeler de mon bébé qui bouge dans mon ventre = je pleure dans les 2sec suivantes !

Et le bébé ?
Notre bébé pesait 1.3kg à la naissance, pour 39cm. Il a été intubé et mis sous sédatifs, en couveuse fermée, le lendemain de sa naissance, pour une semaine environ. Je ne l'ai pas beaucoup vu, mais le papa si. On a quand même pu faire des peau à peau !

Il a ensuite été extubé, pour un installer une autre aide respiratoire, moins lourde. Du coup on entend sa voix, il n'est plus sédaté, il fait beaucoup de progrès. La 3ème semaine, il digère de mieux en mieux (il est nourri par sonde gastrique avec mon lait), du coup on lui enlève sa perfusion centrale, une victoire de plus. Il régule mieux sa température aussi. Mais il fait beaucoup d’œdème.

Après 3 semaines dans le service de réanimation du Chu, entourés d'une équipe exceptionnelle... Il est transféré en néonat dans la maternité de chez nous ! Le transfert a été difficile pour lui et nous, ça l'a beaucoup perturbé, mais maintenant il va mieux. On profite de câlins, peau à peau et mises au sein ( il n'est pas encore capable de boire !), en couveuse ouverte, avec moins d'appareils. Il lui reste son appareil respiratoire, très encombrant...sa sonde gastrique et ses capteurs. 

Nous savons que les prochaines semaines vont être longues, mais putain, quelle victoire et quelle force pour un si petit être, entre la fiv et la grande prématurité... Il est là. Nous nous sentons paradoxalement extrêmement chanceux de si bien nous en sortir, et infiniment reconnaissants envers les équipes médicales. La vie ne fait que commencer.